Evenement 2011 - Réouverture de l'Eglise St Julien Assemblée Générale JCB
Edito

Lorsque, il y a un peu plus de dix ans, j’ai créé l’Association "Ensemble Charles Bordes", mon intention  était certes de perpétuer la mémoire de ce grand novateur mais aussi d’en faire l’emblème d’une volonté permanente d’initiative et d’action.  

Je me suis toujours ému de voir  Charles Bordes, acteur hors normes du renouveau musical au tournant du XXème siècle, si peu ou si mal connu : l’homme qui repose dans le vignoble du Vouvray aimait passionnément la musique et la vie. Mais on ne vit pas impunément au rythme de la passion. Il est mort jeune, à l’âge de 46 ans, d’avoir inlassablement enseigné, composé, dirigé, et d’avoir laissé, partout sur ses pas, la trace de la création, de la découverte et de l’enthousiasme. Cet homme m’accompagne depuis longtemps dans mon parcours de musicien… C’est pourquoi, au cœur de sa Touraine natale à laquelle je suis moi-même profondément attaché, j’ai souhaité lui rendre hommage en créant en 2009, à l’occasion du centenaire de sa mort, les Journées Charles Bordes.

Comment ne pas en effet être séduit par ce personnage inspiré et fantasque, atypique et généreux :  

Imagine-t-on ce qu’il a fallu de puissance visionnaire et d’audace pour mettre la France musicienne d’alors, toute rugissante du tonnerre et des querelles wagnériennes, à l’heure de Lassus et de Palestrina ? Réalise-t-on, à l’aube d’un XXIème siècle totalement médiatisé, que c’est à partir de son seul pupitre de maître de chapelle de l’église Saint-Gervais - dans ce Paris du début des années 1890 -  que Charles Bordes put enfin redonner à un public immense une musique que nul n’avait entendue depuis la dissolution des Maîtrises à la Révolution deux siècles plus tôt?

Mais l’ardeur dont brûlait ce musicien, était avant tout tendue vers la recherche et le partage du BEAU. Il trouvait là un véritable sens du « sacré », émanant d’une sorte de « communion » fraternelle totalement supra-dogmatique, indépendante de toute appartenance religieuse.

Au fond, les musiques sacrées, pour les compositeurs de toutes époques – à l’instar des grands édifices religieux pour les architectes – ont pu représenter de véritables « Cathédrales sonores », pures expressions artistiques du sentiments religieux.

Manifestations de cette aspiration universelle à la transcendance – de tout temps au cœur de la condition humaine – les chefs-d’œuvre de la musique sacrée (comme ceux de la statuaire ou de la peinture consacrés au Divin) trouvent à l’évidence dans le cadre des grandes basiliques, abbayes ou cathédrales l’écrin à la fois acoustique et esthétique idéal…

C’est pourquoi l’organisation par les « Journées Charles Bordes », le Jeudi 13 Octobre 2011, d’un grand concert de musique sacrée à l’occasion de la réouverture au public de l’Eglise Saint-Julien nous est apparue comme une sorte d’ « ardente obligation ».

Pouvoir inviter à cette occasion l’Ensemble Doulce Mémoire à faire entendre les « Lagrime di San Pietro » d’Agostini et de Roland de Lassus ayant pour thème le reniement de Pierre nous donne le plaisir de porter témoignage au public – en toute fidélité à l’esprit de Charles Bordes – de notre vocation à refaire entendre aux oreilles d’aujourd’hui les plus grandes musiques d’inspiration spirituelle des siècles passés.

Notre reconnaissance va avant tout au Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance de l’Université François Rabelais sans lequel ces « Journées » ne sauraient exister, car il leur donne à la fois un socle et des perspectives musicologiques et scientifiques dignes de leur dédicataire, tout en permettant que de tels travaux puissent donner à un large public l’accès à ces musiques proprement « inouïes ».



Michel Daudin Michel Daudin
Fondateur de l’association « Ensemble Charles Bordes »
Directeur artistique des Journées Charles Bordes