Evenement 2012 - Les Mélodies de Charles Bordes sur les Poésie de Verlaine
Edito

Lorsque, il y a tantôt 13 ans, j’ai créé l’Association "Ensemble Charles Bordes", mon intention  était certes de perpétuer la mémoire de ce grand novateur mais aussi d’en faire l’emblème d’une volonté permanente d’initiative et d’action.  

Je me suis toujours ému de voir  Charles Bordes, acteur hors normes du renouveau musical au tournant du XXème siècle, si peu ou si mal connu : l’homme qui repose dans le vignoble du Vouvray aimait passionnément la musique et la vie. Mais on ne vit pas impunément au rythme de la passion. Il est mort jeune, à l’âge de 46 ans, d’avoir inlassablement enseigné, composé, dirigé, et d’avoir laissé, partout sur ses pas, la trace de la création, de la découverte et de l’enthousiasme. Cet homme m’accompagne depuis longtemps dans mon parcours de musicien… C’est pourquoi, au cœur de sa Touraine natale à laquelle je suis moi-même profondément attaché, j’ai souhaité lui rendre hommage en créant en 2009, à l’occasion du centenaire de sa mort, les Journées Charles Bordes.

Comment ne pas en effet être séduit par ce personnage inspiré et fantasque, atypique et généreux. 

Imagine-t-on ce qu’il a fallu de puissance visionnaire et d’audace pour mettre la France musicienne d’alors, toute rugissante du tonnerre et des querelles wagnériennes, à l’heure de Lassus et de Palestrina ? Réalise-t-on, à l’aube d’un XXIème siècle totalement médiatisé, que c’est à partir de son seul pupitre de maître de chapelle de l’église Saint-Gervais - dans ce Paris du début des années 1890 -  que Charles Bordes put enfin redonner à un public immense une musique que nul n’avait entendue depuis la dissolution des Maîtrises à la Révolution deux siècles plus tôt ?

Mais l’ardeur dont brûlait ce musicien, était avant tout tendue vers la recherche et le partage du BEAU. Il trouvait là un véritable sens du sacré, qu’il exprimait autant dans la musique profane que dans la musique religieuse.

Passionné du langage musical de ses contemporains, il aspire à y introduire – en suivant le modèle de César Franck – les influences de la grande tradition allemande. Schubert et Schumann, dont la musique l’a impressionné si fort lors de son grand voyage en Allemagne de 1881 en compagnie de sa mère, vont nourrir sa passion du « Lied » qu’il va transposer au service de la poésie française, contribuant à faire évoluer la « Romance Napoléon III » en véritable et nouvelle « Mélodie Française » de haut lignage !
Il rejoint en cela un autre disciple de César Franck, Henri Duparc, de quelques années son aîné…

C’est la raison pour laquelle les « Journées Charles Bordes » 2012, comme aussi celles à venir en 2013, vont présenter – au concert comme au disque et pour la première fois depuis près d’un siècle – les « Mélodies » de Charles Bordes, qui constituent un corpus du plus haut intérêt, et n’ont rien à envier à celles de son ami Duparc : nous mettrons en regard ces chef-d’œuvres des deux compositeurs pendant toute la journée du DIMANCHE 11 NOVEMBRE 2012, dans l’extraordinaire site du Prieuré de Saint-Cosme, dernière demeure de Pierre de Ronsard, aux portes de Tours. Les plus grands poètes français : Ronsard, Verlaine, Baudelaire, Théophile Gautier, Francis Jammes y donneront rendez-vous à tous les amoureux de la musique des mots et de l’éloquence des compositions qu’ils ont suscitées.

Notre reconnaissance va avant tout au Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance de l’Université François Rabelais sans lequel ces « Journées » ne sauraient exister, car il leur donne à la fois un socle et des perspectives musicologiques et scientifiques dignes de leur dédicataire, tout en permettant que de tels travaux puissent donner à un large public l’accès à ces musiques proprement « inouïes ».



Michel Daudin Michel Daudin
Fondateur de l’association « Ensemble Charles Bordes »
Directeur artistique des Journées Charles Bordes